Kidding – Réussir l’impossible

Kidding – Réussir l’impossible

 

C’est l’une des séries les plus attendues de cette rentrée 2018, à la télévision américaine. Kidding, dont le premier épisode a été diffusé sur Showtime, dimanche, et proposé en France sur Canal + séries, raconte l’histoire de Jeff Pickles (Jim Carrey), animateur star d’une émission de télévision pour enfants. Désemparé après la perte de l’un de ses fils à la suite d’un accident de voiture, il tente de sauver sa famille du naufrage tout en gardant bonne figure face caméra.

Le premier épisode de cette comédie dramatique, qui marque le début d’une nouvelle collaboration entre l’acteur américain et le Français Michel Gondry, coproducteur de la série, quatorze ans après Eternal Sunshine of the Spotless Mind, intrigue plus qu’il ne séduit. Car, à l’image de son personnage principal, Kidding se lance dans un pari apparemment impossible.

Ici, on nous propose une histoire tiraillée de toutes parts, à l’image de son personnage principal. Le terreau de Kidding est le drame. Et pas n’importe lequel : la perte de son enfant dans un accident de la route. Que peut-on imaginer de plus terrible ? Dès ce premier épisode, Jeff Pickles porte sur lui toute la tristesse du monde.

Il fait tout pour garder le contact avec la femme dont il est désormais séparé et avec son autre fils, jumeau de l’enfant perdu. En vain. Il veut parler de la mort dans sa propre émission, avec pédagogie pour les têtes blondes accros à son programme, mais son producteur, également son père, s’y oppose farouchement.

Super souriant au travail, complètement paumé chez lui, Jeff Pickles est l’incarnation du drame familial. Sur ce point, le choix de Jim Carrey, qui campe un personnage finalement peu éloigné de celui qu’il jouait dans Eternal Sunshine, est évident. Passer du rire à la détresse, de la discussion enjouée à la confession larmoyante, il sait faire.

Entre deux univers

Et puis, il y a cette autre facette de la série. L’humour. Pas de pincettes, ni de gants, dans ce pilote. Pour contrebalancer l’infinie tristesse qui hante Kidding, on se tourne vers l’humour trash, toujours en dessous de la ceinture. Les répliques du père et producteur de Jeff, Sebastian Piccirillo (campé par Frank Langella), à l’encontre de ses employés, font quasiment toutes références au sexe.

Les marionnettistes de l’émission, eux, forniquent, cachés dans le costume géant d’une marionnette fantaisiste. Le mari d’une des collègues de travail de Jeff est masturbé, dans la rue, par l’un de ses voisins, sous les yeux de sa fille. On a d’ores et déjà l’impression que ce mariage entre pur drama et grosse farce semble impossible.

Ce qui intrigue, ce ne sont pas tant les choix humoristiques de la série, libre de proposer du bon ou du mauvais goût, que le fossé que cet humour creuse avec l’identité de la série. Dur de rire aux éclats devant pareille scène quand, quelques secondes auparavant, on partage (autant que l’on peut) l’immense douleur d’un père aux abois, détruit par le deuil.

Il y a de fortes chances pour que le sentiment mitigé du téléspectateur face à cet épisode soit voulu et assumé, comme pour mieux nous faire rentrer dans l’inconscient de Jeff Pickles : lui-même se retrouve au milieu de deux univers impossibles à réunir, la mort d’un fils, d’un côté, la superficialité d’une émission de télé, de l’autre.

Ainsi, comme le téléspectateur passe brutalement d’une scène morose à un sketch grossier, Jeff passe sans transition du naufrage de la vie à l’hypocrisie de la société. Une image reste, de ce premier épisode, car elle symbolise la situation dans laquelle se trouve le personnage principal : son autre fils qui, pour régler un problème, détruit un nid d’abeilles à coup de pied.

On ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec son père, qui risque, en voulant retrouver de la sérénité dans sa vie, de provoquer la colère de ses proches. Car, après tout, ce que l’on attend vraiment dans Kidding, c’est le pétage de plombs de Jim Carrey, qui s’annonce. Jeff Pickles est une bombe à retardement. Ce qu’il désire semble impossible.

(Photo: Showtime. Dessin : Martin Viberg)

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